Cheikhou Thioune, l'ailier du SPO Rouen, n'a pas manqué ses débuts en Pro A, samedi contre Le Mans. Pour arriver là, le Franco-Sénégalais a franchi beaucoup d'obstacles.
Cheikhou Thioune vient de loin. D'un point de vue géographique comme sportif. L'enfant de Dakar a beaucoup galéré avant d'atteindre son but, évoluer en Pro A. Samedi, l'ailier franco-sénégalais a effectué ses premiers pas dans l'Elite française sous les couleurs du SPO Rouen, délivrant une prestation de très belle facture (11 points, 8 rebonds et 16 d'évaluation). « J'ai faim de reconnaissance. J'ai travaillé très dur pour arriver là. Moi, je ne suis pas passé les campus américains et la NCAA (le championnat universitaire). »
Au basket sur le tard
Son parcours a été beaucoup plus tortueux. Son sillon, il l'a tracé à force de volonté, d'une obstination sans limite. Samedi soir, il a eu une pensée pour ceux qui l'ont rejeté et qui, bien involontairement, l'ont rendu encore plus fort. D'une voix douce et calme, il se souvient surtout des refus d'« Arnaud Ricoud (l'actuel coach du Portel) quand il était à Boulazac et de Laurent Hay qui s'occupait de La Rochelle. » D'autres ont heureusement cru en lui, à commencer par Alasanne N'Dour, l'un de ses compatriotes. « Il jouait à Saint-Etienne et m'avait invité à venir le voir. J'étais arrivé pour dix jours avec un visa de tourisme... Il m'a persuadé de ne pas rentrer, m'a encouragé à tenter le coup dans le basket. » Un sport qu'il avait découvert sur le tard après avoir pratiqué le football au pied de son immeuble dans le quartier de Sicap. « On formait de petites équipes et on jouait l'équivalent d'un euro la partie. Et puis un jour, les copains sont partis vers le basket et je les ai suivis. »
En France, il effectue son premier essai en 2001, rien moins qu'à l'ASVEL avec une promesse de s'entraîner avec les pros. « C'était un peu tard dans la saison et cette place n'était pas budgétisée. Il fallait que je me trouve moi-même un logement. Je n'en avais pas les moyens. Ça n'a pas pu se faire. »
Par l'intermédiaire d'un ami, il prend le chemin de Limoges, intègre le centre de formation, donne la réplique aux pros, Methélie, Jackson, Keita, et dispute le championnat Espoirs. Pistonné par Didier Dobbels, il débute chez les seniors à Châtellerault en Nationale 2, profitant d'une erreur d'aiguillage. « Le club attendait un Américain qui avait raté son vol. Après, il y a eu des embrouilles et j'ai eu ma chance en tant qu'étranger. » Le coup de poker permet à Châtellerault de décrocher le jackpot. « J'ai terminé meilleur marqueur du championnat avec 28 points et 9 rebonds de moyenne. »
25 ans, l'age de la revanche
Malgré ces stats de haute volée, Cheikhou Thioune doit se résoudre à poursuivre son parcours initiatique en N1, à Charleville-Mézières en 2003. Il y reste trois saisons, atteint la Pro B qu'il continue d'explorer à l'ALM Evreux. « Au cours de ma carrière, certains discours m'ont fait mal. A chaque fois que je montais d'un niveau, il y avait toujours des gens qui estimaient que j'allais me planter parce que j'allais tomber sur des mecs plus costauds. Si je les avais écoutés, je n'aurai pas avancé. Aujourd'hui, à 25 ans, je suis dans le bon timing. Pour tenir ma place, je dois travailler très dur, chaque jour, faire beaucoup de musculation notamment. »
Dans les moments de doute, il pourra toujours compter sur les encouragements de son grand frère Malik, avocat du chanteur Youssou N'Dour. « Il suit mes matches sur Internet. Samedi, il m'a envoyé un texto pour me demander pourquoi je n'avais pas plus shooté à trois points. » Sans doute parce que sa nature lui impose d'aller au combat, au corps à corps.
A. G.